Participation au BARAZA MINING FORUM 2026 : Les rencontres Africaines de l’Industrie Minière Responsable

Table des matières

LISTE DES ABREVIATIONS

BARAZA : Forum minier africain organisé à Yaoundé 2026 (terme swahili signifiant « lieu de rencontre ») ;

MINEPAT : Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire ;

MINMIDT : Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique ;

ITIE : Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (parfois désignée par son acronyme anglais EITI : Extractive Industries Transparency Initiative) ;

SND30 : Stratégie Nationale de Développement 2030

SONAMINES :  Société Nationale des Mines (structure étatique détenant la participation de l’État dans les projets miniers) ;

ZIP : Zone Industrielle Portuaire ;

PAK : Port Autonome de Kribi ;

SMR : Small Modular Reactor (Petit Réacteur Modulaire);

BEAC : Banque des États de l’Afrique Centrale ;

BTP : Bâtiments et Travaux Publics ;

CCI : Chambre de Commerce Internationale ;

CEMAC : Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale ;

 

PROGRAMME ET PANELISTES

  • Me Lucie DZONGANG ;
  • Madame Héra MPONDO (Mining Strategy Advisor);
  • Dr Armand NGASSOP ;
  • Monsieur Landry DJIMPE ;
  • Monsieur Aristide MIMBANG (Directeur au Ministère des Mines) ;
  • Dr Pierre NGUETSE (MINÉPAT) ;
  • Madame Jessica FUKEU TCHOUA (ECA Conseils) ;
  • Dr Vincent NKONG-NJOCK (iLEMEL Energy Solutions) ;
  • Madame Laury NGUEA (ITM Cameroun);
  • Rory Adonis MOMO NDANGA (Représentant du Port Autonome de Kribi) ;
  • Monsieur Martial Thierry NGUELE (Chef du Département du Domaine, du suivi et de la régulation des activités portuaires port autonome de Kribi) ;
  • Représentant du processus de Kimberley ;
  • Monsieur Serge ESSO (Glencoe Advisory)
  • Monsieur Yourick Evans Pouga MBOCK;
  • Monsieur André Stéphane SONKOS;
  • Me Henri NJOH MANGA BELL.

 

INTRODUCTION

Le Forum BARAZA Mining 2026 s’est imposé comme une plateforme privilégiée de dialogue entre les pouvoirs publics, les institutions financières, les investisseurs, les opérateurs miniers et les experts du secteur extractif en Afrique. Organisée dans un contexte marqué par la compétition internationale accrue pour l’accès aux minerais stratégiques et les ambitions de transformation économique portées par la Stratégie Nationale de Développement (SND30), cette rencontre a permis d’examiner les leviers susceptibles de faire du secteur extractif et de l’énergie un véritable moteur de croissance inclusive, d’industrialisation et de création de valeur, tant pour le Cameroun que pour l’Afrique dans son ensemble.

Les échanges ont mis en évidence le rôle central du Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT) dans la conduite des réformes visant à moderniser la gouvernance du secteur, à renforcer l’attractivité du cadre juridique et fiscal, à promouvoir le contenu local et à favoriser une meilleure valorisation des ressources minières nationales.

Structurés autour de quatre panels thématiques, les débats ont permis d’identifier les principaux défis auxquels demeure confronté le secteur extractif camerounais, mais également les opportunités offertes par les réformes engagées et les projets structurants en cours de développement. Le premier panel a abordé les fondamentaux de l’industrie minière et les questions stratégiques (Panel 1) ; le deuxième a traité du financement, de la structuration des projets et de la mobilisation des capitaux (Panel 2) ; le troisième a examiné les enjeux de gouvernance, de transparence et d’exploitation responsable (Panel 3) ; enfin, le quatrième a ouvert le chantier de l’industrialisation minière (Panel 4).

Les différentes interventions ont convergé vers une même conviction : la richesse minérale ne constitue un véritable facteur de développement que lorsqu’elle s’inscrit dans une vision intégrée associant sécurité juridique, bonne gouvernance, infrastructures performantes, accès à une énergie compétitive, développement du capital humain et transformation locale des ressources.

  Cette note propose une restitution synthétique des principales idées, analyses et recommandations formulées par les intervenants. Sans prétendre à l’exhaustivité ni se substituer à la richesse des contributions originales, elle entend mettre en lumière les enseignements essentiels issus des débats afin d’en faciliter l’appropriation par l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème minier.

 

PANEL 1- DES FONDAMENTAUX DE L’INDUSTRIE MINIÈRE À LA QUESTION STRATÉGIQUE

 

Ce premier panel a posé les bases conceptuelles et stratégiques du développement du secteur minier Africain en général et camerounais en particulier, en mettant en évidence les conditions structurelles indispensables à l’émergence d’une industrie minière compétitive et créatrice de valeur. Les intervenants ont adopté une approche systémique, articulant vision macroéconomique, cadre juridique, enjeux énergétiques, capital humain et infrastructures logistiques.

1- Le secteur minier comme levier de transformation économique

Le représentant du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINÉPAT) a rappelé que la Stratégie Nationale de Développement (SND30) identifie le secteur minier comme l’un des principaux moteurs de la transformation structurelle de l’économie camerounaise. L’objectif central consiste à dépasser le modèle traditionnel fondé sur l’exportation de matières premières brutes afin de développer une véritable industrie nationale capable de générer des emplois durables, d’accroître les recettes publiques et de favoriser le transfert de technologies.

Cette ambition implique notamment d’éviter le « syndrome hollandais » et le piège des ressources naturelles, en bâtissant une industrie locale et diversifiée plutôt que de se limiter à l’extraction et à l’exportation de minerais bruts. Dans cette perspective, les ressources minérales, notamment le calcaire et les matériaux de carrière, doivent également contribuer à la politique d’import-substitution dans les secteurs de la construction et des infrastructures.

2- L’évolution du cadre juridique et institutionnel

Les intervenants ont souligné les avancées significatives introduites par la réforme minière de 2023 et les textes d’application adoptés en 2024, lesquels adoptent une approche segmentée par sujet pour plus de lisibilité. Parmi les innovations majeures :

  • La clarification et la modernisation du cadre réglementaire ;
  • Le renforcement du rôle de l’État dans les projets miniers, avec l’attribution à la SONAMINES d’une participation gratuite et non diluable de 10 % dans les projets miniers ;
  • La possibilité pour l’État d’acquérir jusqu’à 25 % de participations supplémentaires à titre onéreux, portant ainsi sa participation potentielle à 35 % ;
  • L’obligation pour les entreprises minières de rapatrier les fonds destinés à la réhabilitation des sites sur des comptes séquestres, sous réserve des modalités d’application en cours de discussion avec la BEAC.

Ces réformes visent à garantir une meilleure participation nationale à la richesse générée par l’exploitation des ressources minières, tout en préservant l’attractivité du cadre pour les investisseurs.

3- L’énergie, facteur déterminant de compétitivité

Les experts ont unanimement reconnu que l’énergie constitue l’un des principaux déterminants de la compétitivité et de la réalisation des projets miniers, en relevant que les coûts énergétiques représentent entre 20 % et 30 % des coûts d’exploitation. De ce fait, la disponibilité d’une énergie fiable, accessible en quantité suffisante, au bon endroit et à un coût compétitif, apparaît comme une condition essentielle à l’attractivité du secteur extractif pour les investisseurs.

Les intervenants ont préconisé une diversification du mix énergétique à travers l’hydroélectricité, le gaz naturel, le solaire associé à des systèmes de stockage, la biomasse, ainsi que les technologies nucléaires de nouvelle génération (SMR). Ils ont également insisté sur la nécessité d’une planification coordonnée et intégrée entre les politiques minières et énergétiques, de sorte que le développement des infrastructures de transport d’électricité soit aligné sur les besoins des projets miniers.

4- Le contenu local et le développement du capital humain

Le contenu local a été présenté non pas comme une simple obligation réglementaire de l’investisseur, mais comme une exigence stratégique pour accroître la valeur ajoutée nationale. Les discussions ont mis en évidence la nécessité d’adapter les programmes de formation nationaux aux besoins de l’industrie minière, en allant au-delà des seuls profils d’ingénieurs pour couvrir également les métiers techniques spécialisés tels que la soudure marine ou le contrôle non destructif, afin de limiter l’importation de la main d’œuvre étrangère.

Par ailleurs, les entreprises étrangères doivent mettre en place des plans clairs de transfert de compétences, afin de permettre aux cadres camerounais d’accéder progressivement aux postes de direction. Cette montée en compétence constitue un facteur de souveraineté économique à moyen terme.

5- Les infrastructures logistiques comme fondement de la chaîne de valeur

Le Port Autonome de Kribi a été identifié comme un maillon central du développement minier national. Avec un tirant d’eau de 16 mètres et une Zone Industrielle Portuaire (ZIP) de 4 000 hectares dédiés à l’installation d’usines de transformation, il constitue un outil majeur pour migrer de l’exportation brute vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Les intervenants ont néanmoins souligné que la compétitivité du secteur dépend également du développement des infrastructures ferroviaires et routières permettant de relier efficacement les sites miniers aux plateformes d’exportation, dans le cadre d’un schéma directeur multimodal en cours de réorientation.

PANEL 2- FINANCEMENT, STRUCTURATION DES PROJETS ET MOBILISATION DES CAPITAUX

Ce deuxième panel a approfondi les mécanismes de sécurisation juridique des investissements et les conditions nécessaires à la mobilisation des financements pour les projets miniers. En complément des fondamentaux posés lors du premier panel, les intervenants ont mis en lumière les défis spécifiques liés à la bancabilité des projets et aux relations entre opérateurs miniers et institutions financières.

1- La sécurisation juridique des investissements : la clause de stabilisation

Pour les intervenants, l’élément central pour rassurer un investisseur demeure la clause de stabilisation. Cette clause vise à protéger l’investisseur contre les modifications législatives ou réglementaires susceptibles d’affecter défavorablement l’équilibre économique du projet après la signature de la convention. En effet le Code minier camerounais de 2023 encadre désormais plus strictement ce mécanisme, en limitant la durée de stabilisation à 15 ans ou jusqu’à l’atteinte d’un taux de rentabilité interne de 15 %.

Sur le plan de la comparaison régionale, le Cameroun occupe une position intermédiaire : plus strict qu’en 2001 et 2016, le régime reste néanmoins plus souple que celui du Burkina Faso (5 ans de stabilisation) tout en étant plus encadré que ceux du Niger ou de la Côte d’Ivoire, qui ne prévoient pas de limite de durée pendant la phase d’exploitation. Cette évolution traduit la volonté de concilier attractivité des investissements et préservation de la souveraineté économique de l’État.

2- Le rôle des institutions financières dans le financement minier

Les représentants du secteur bancaire ont rappelé que le financement minier demeure fortement conditionné par la qualité des études techniques et économiques. L’étude de faisabilité ou de bancabilité constitue ainsi la « bible » de l’évaluation du risque pour les établissements financiers, en permettant de réduire l’asymétrie d’information entre l’opérateur minier et la banque.

Les banques commerciales interviennent principalement durant les phases de construction et d’exploitation, proposant alors des produits de cash management, des transferts ou des crédits syndiqués. Les activités d’exploration, jugées trop risquées, restent largement financées par les investisseurs privés spécialisés.

Par ailleurs, les discussions ont mis en évidence la montée progressive des capacités de financement des institutions africaines : l’émergence d’un capital régional, mieux adapté aux réalités du continent et à l’évaluation du « risque Afrique », représente un atout croissant pour le secteur extractif.

3- L’attractivité fiscale du secteur minier

Certains intervenants ont relevé certaines limites du régime fiscal applicable au secteur minier camerounais. En effet, le Code minier de 2023 est jugé moins attractif que d’autres régimes, notamment le secteur pétrolier ou la loi sur l’investissement privé, qui offrent des avantages plus importants, notamment en termes de réduction de l’impôt sur les sociétés.

 Le mécanisme de partage de la production avec l’État, introduit par le nouveau code minier, semble avoir un impact direct sur le cash-flow des investisseurs.

 Par ailleurs, la rigidité du cadre actuel ne permet pas de négocier des régimes fiscaux dérogatoires au-delà de ce que prévoit strictement le Code minier, ce qui contraint les marges de manœuvre des promoteurs de projets.

4-  Les facteurs de bancabilité des projets miniers

Au-delà de la qualité intrinsèque du gisement, les investisseurs et les financeurs accordent une attention particulière à un ensemble de facteurs déterminants pour la viabilité économique des projets dont :

  • La disponibilité et le coût de l’énergie ;
  • La qualité des infrastructures logistiques (chemin de fer, routes, port) ;
  • La transparence du cadre administratif et la fiabilité des titres miniers ;
  • La qualité de la gouvernance et la lisibilité des procédures.

À cet égard, les intervenants ont plaidé pour la mise en place d’un cadastre minier numérique, accessible en ligne aux investisseurs, afin de leur permettre de vérifier l’authenticité et la disponibilité des permis miniers et de renforcer ainsi la confiance dans le système d’attribution des titres et du financement des projets par les bailleurs de fonds.

5- Recommandations formulées

En synthèse, les participants ont recommandé :

  • D’améliorer l’attractivité fiscale du Code minier afin de rendre les business plans plus compétitifs par rapport aux autres secteurs ;
  • Renforcer la transparence administrative et la lisibilité des contrats et du cadastre minier ;
  • Réduire les asymétries d’information entre investisseurs et financeurs par une meilleure documentation des projets et une cohérence accrue entre les acteurs de l’écosystème ;
  • Développer des infrastructures énergétiques et logistiques adaptées aux besoins du secteur extractif et de l’énergie.

PANEL 3- GOUVERNANCE, TRANSPARENCE ET EXPLOITATION RESPONSABLE

Ce troisième panel a examiné les enjeux de gouvernance, de conformité et de transparence qui conditionnent la crédibilité internationale du secteur extractif africain en général et camerounais en particulier. Faisant suite aux discussions sur le financement abordé lors du Panel 2, les intervenants ont insisté sur le fait que la bancabilité des projets est indissociable de la qualité de la gouvernance et du respect des standards internationaux.

1- Le paradoxe extractif camerounais

Les intervenants ont relevé le contraste saisissant entre l’abondance des ressources naturelles du Cameroun un potentiel estimé suffisant pour financer son développement sur environ 50 ans et les difficultés persistantes dans leur valorisation économique.

En effet, malgré ce potentiel, le Cameroun demeure confronté à plusieurs défis majeurs dont :

  • Il est actuellement suspendu de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) ;
  • Il reste confronté à un contraste saisissant quant à la déclaration d’environ 22 Kg d’or produit en 2025, contre 2000 tonnes non déclarés ayant été vendues courant la même année ;
  • Il occupe le 142e rang mondial sur l’indice de perception de la corruption ;
  • Il fait face à des contentieux internationaux significatifs, dont une demande de 3 400 milliards de FCFA de dommages-intérêts déposée par la société Sundance Ressources, une société australienne devant la CCI à Paris ;
  • Et il a dû procéder à la fermeture d’environ 200 sociétés d’orpaillage dans la région de l’Est pour des raisons administratives.

2- La conformité comme instrument de développement

Les experts ont insisté sur l’importance croissante des mécanismes de conformité dans l’industrie extractive. La conformité entendue comme la lutte contre la corruption, la prévention du blanchiment des capitaux, le respect des sanctions économiques internationales et les exigences de traçabilité, constitue désormais une condition essentielle d’accès aux financements internationaux. Elle est à ce titre, directement liée à la bancabilité des projets.

Les panélistes s’accordent à reconnaître que le Cameroun dispose de textes législatifs de qualité, notamment le Code Minier de 2023. Cependant, le défi réside dans leur application effective. Un changement de paradigme semble nécessaire. À cet effet, il convient de passer d’une culture de la justification et des excuses à une culture de la recherche de solutions et de l’action.

3-  Les standards internationaux : ITIE et Processus de Kimberley

 

Les débats ont en outre porté sur les exigences de l’ITIE et le Processus de Kimberley. L’adhésion à ces normes est volontaire, mais une fois engagé, un pays doit s’y conformer pour préserver sa crédibilité auprès des investisseurs institutionnels.

De ce fait, la suspension de l’Etat du Cameroun de l’ITIE constitue un signal négatif susceptible de décourager les investisseurs sérieux et à laisser le champ libre à des acteurs moins scrupuleux qui profitent de l’absence d’un cadre légal rigoureux.

En revanche, le Secrétariat national permanent du Processus de Kimberley a été cité en exemple : avec plus de 100 certificats émis et une traçabilité effective du diamant, il démontre qu’un encadrement rigoureux est possible et productif dans ce secteur.

4- L’accès aux données et la transparence des bénéficiaires effectifs

Les participants ont mis l’accent sur la nécessité de rendre les données du secteur minier véritablement accessibles et exploitables, et non pas seulement disponibles sous forme de listes historiques. Il a été rappelé que ces données appartiennent au peuple et que l’État n’en est que le détenteur. Dans ce cadre, la publication des contrats miniers et l’identification des bénéficiaires effectifs des sociétés détentrices de titres miniers, conformément à la norme ITIE 2023, constituent des impératifs de bonne gouvernance.

5- La formalisation du secteur artisanal

Avec une économie minière à 90 % informelle, l’application des règles de traçabilité internationales notamment celles de l’Union européenne représente un défi majeur.

Les experts ont recommandé une approche progressive, privilégiant la sensibilisation et les incitations économiques (sécurité, simplification et réduction du coût des licences, accompagnement technique) avant d’envisager des mesures répressives.

 La SONAMINES, dont la mission est de structurer les chaînes de valeur, est appelée à jouer un rôle central dans l’intégration progressive des mineurs artisanaux dans le secteur formel.

 

PANEL 4- LE CHANTIER DE L’INDUSTRIALISATION MINIÈRE

Ce quatrième et dernier panel a porté sur les stratégies nécessaires pour transformer durablement le potentiel minier Africain en général et du Cameroun en particulier en un véritable levier d’industrialisation. S’appuyant sur les discussions précédentes relatives au cadre juridique, au financement et à la gouvernance, les intervenants ont abordé les dimensions concrètes de la transformation locale, des infrastructures, de l’énergie et de la coopération régionale.

1- La transformation locale comme impératif stratégique

L’idée centrale défendue par les panélistes est de rompre définitivement avec le modèle traditionnel d’exportation de matières premières brutes. Car actuellement, l’exportation de produits bruts ne permet de capter que moins de 10 % de la valeur ajoutée totale de la chaîne minière.

L’ambition est donc de développer des industries de transformation des produits finis afin de créer des emplois qualifiés, générer des recettes fiscales supplémentaires et bâtir des infrastructures industrielles pérennes.

L’industrie minière a par ailleurs été présentée comme l’une des plus inclusives, offrant des opportunités dans des secteurs variés tels que la construction, le génie civil, la maintenance industrielle, la restauration ou encore les télécommunications.

2-  Les infrastructures structurantes : projets et défis

Plusieurs projets majeurs d’infrastructure ont été présentés et discutés :

  • Le projet Camina (minerai de fer) : ce projet se distingue par l’utilisation d’un slurry pipeline sur plus de 130 km pour transporter le minerai vers la côte en utilisant la gravité afin de réduire les coûts d’évacuation, en alternative au rail ou à la route.
  • Le Port Autonome de Kribi (PAK) : bien que premier port en eau profonde de la région, son terminal actuel n’est pas dimensionné pour recevoir du minerai de fer. L’enjeu est de mutualiser les projets miniers (Camina, Mbalam, etc.) pour construire un terminal minéralier unique capable d’accueillir des navires de grande capacité de type Post-Panamax ou Valmax.
  • Les infrastructures ferroviaires : des accords semblent être en cours pour la réalisation de lignes de chemin de fer reliant les sites miniers, notamment Mbalam, au port de Kribi, dans le cadre d’un schéma directeur ferroviaire réorienté vers la priorité à l’évacuation des minerais. Il a également pour ambition de s’étendre jusqu’à certains pays voisins du Cameroun.

Les intervenants ont insisté sur la nécessité de mutualiser ces infrastructures afin d’en améliorer la rentabilité économique et d’en réduire le coût pour chaque opérateur.

3-  La réforme du secteur énergétique

L’énergie demeure le principal défi de l’industrialisation minière, comme l’avaient déjà souligné les panélistes du Panel 1. En effet, le Cameroun souffre d’un manque de transparence dans ses tarifs énergétiques et d’une régulation jugée insuffisante, ce qui freine les investissements privés dans ce secteur.

Les intervenants ont préconisé une production énergétique par des entités privées et le développement de réseaux locaux décentralisés, plutôt que de compter uniquement sur l’extension du réseau national.

Sur le plan des solutions concrètes, pour le représentant de la société Huawei, l’énergie solaire avec stockage semble être très compétitif. D’après leur expérience elle coûterait environ 60 à 65 FCFA/kWh contre 200 à 400 FCFA/kWh pour les groupes électrogènes. À cet effet, Huawei déploient déjà des solutions solaires avec batteries pour les sites miniers, notamment au Congo et dans le Nord du Cameroun.

Par ailleurs, sur le long terme, certains experts suggèrent d’étudier l’option de l’électronucléaire à un horizon de dix ans pour répondre aux besoins massifs de l’industrie extractive et de l’énergie.

4-  La stratégie sous-régionale comme facteur de compétitivité

Face aux puissances économiques mondiales telles que la Chine ou l’Inde, les panélistes suggèrent que les pays de la zone CEMAC adoptent une approche solidaire. En effet l’idée est de créer des hubs de transformation par pays.  Par exemple, à travers la création d’une usine de production et la transformation du fer et de la bauxite au Cameroun, les États voisins investiraient également dans cette production, afin de permettre de construire un marché commun de plus de 60 millions de consommateurs.

Cette mutualisation des infrastructures et la création de pôles industriels régionaux renforceraient la capacité de négociation collective de la sous-région face aux acteurs internationaux.

Cette ambition nécessite cependant d’harmoniser les législations minières nationales, de développer la connectivité entre les pays et de mettre en place une gouvernance supranationale forte. Elle implique également une prise de conscience que les ressources minérales camerounaises et africaines notamment les terres rares, sont au cœur d’enjeux géopolitiques mondiaux qui doivent nourrir la stratégie de négociation des États.

 

5-  L’anticipation des besoins futurs

Les experts ont enfin insisté sur la nécessité d’anticiper dès à présent les besoins en compétences pour les usines de transformation à venir dans cinq ou dix ans, afin de disposer des profils qualifiés au moment opportun.

Sur le plan réglementaire, la lenteur administrative dans l’obtention des licences d’exploitation parfois six ans au lieu des six mois prévus par la loi a été relevé comme un obstacle majeur à l’attractivité du secteur pour les investisseurs étrangers et nationaux. La simplification et la réduction des délais de délivrance des titres miniers ont été identifiées comme des priorités pour renforcer la confiance des investisseurs.

CONCLUSION GÉNÉRALE

Les travaux du Forum BARAZA Mining 2026 ont fait émerger un consensus clair et transversal : le développement du secteur minier camerounais ne pourra produire un impact durable que s’il repose simultanément sur une gouvernance exemplaire, un financement adapté, des infrastructures performantes, une énergie compétitive, un contenu local compétent, informé, formé et une véritable stratégie d’industrialisation.

Le Panel 1 a établi les bases stratégiques et sectorielles indispensables à l’émergence d’une industrie minière compétitive.

Le Panel 2 a démontré que la mobilisation des capitaux est intimement liée à la qualité du cadre juridique, à la transparence administrative et à la bancabilité des projets.

Le Panel 3 a rappelé que la gouvernance et la conformité ne sont pas des contraintes extérieures mais des outils de développement interne permettant au Cameroun de capter pleinement les bénéfices de ses ressources naturelles.

Enfin, le Panel 4 a tracé les voies concrètes d’une industrialisation ambitieuse, fondée sur la transformation locale, la mutualisation des infrastructures et la coopération régionale.

Le défi n’est plus seulement d’extraire et d’exporter les ressources minières camerounaises, mais bien de les transformer en moteur de création de valeur, de croissance inclusive et de souveraineté économique durable, pour le Cameroun et pour l’ensemble de l’Afrique.

 La richesse du sous-sol camerounais n’est pas une fin en soi elle est l’opportunité d’une industrialisation ambitieuse, à la condition que la vision, la gouvernance et les infrastructures soient au rendez-vous.